© 2020 Nicolas d'Estais

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Mini Transat - Quand quatre et deux font deux

La derni√®re fois que je vous ai √©crit c'√©tait il y a un mois et demi aux Canaries alors que j'allais prendre le d√©part de la deuxi√®me √©tape. Il s'en est pass√© des choses depuis ! Et on ne va pas se mentir, les √©v√©nements nous ont √©t√© plut√īt favorables...

Cela fait d√©j√† un mois que j'ai touch√© terre (je n'attends pas plus longtemps pour vous pr√©senter mes excuses pour le retard avec lequel je vous √©cris) et vous le savez donc tous d√©j√† mais je vais le r√©p√©ter quand m√™me : J'AI FINI DEUXI√ąME DE LA MINI TRANSAT !

Pouvais-je r√™ver mieux ? Devant moi il n'y a que l'intouchable Ambrogio Beccaria (943) que je f√©licite tr√®s humblement. C'√©tait lui aussi sa deuxi√®me Mini et il s'est entra√ģn√© pendant 2 ans pour la gagner. Il a remport√© les 2 √©tapes haut la main apr√®s avoir survol√© le circuit pendant 2 ans. Personne ne m√©rite cette victoire plus que lui. Il arrive 1 jour devant moi au temps cumul√© des 2 √©tapes. Pour le battre il aurait fallu s'associer avec une baleine complice pour le percuter ou malencontreusement d√©poser un container sur sa route. Cela aurait √©t√© du hold-up et je pr√©f√®re rester sur la deuxi√®me marche du podium et pouvoir me dire que je suis √† ma place. Bravo √† toi Ambrogio !

Que ressent-on après un podium sur la Mini Transat ? En fait on donne tellement TOUT pour ces projets nautiques (argent, temps et autres sacrifices) que lorsque cela "marche" comme ici, ce sont des moments d'une rare force dans la vie d'un marin et de ceux qui l'accompagnent. Alors beaucoup de de soulagement, de satisfaction et oui, avouons-le, un peu de fierté aussi...

Sur la troisième marche du podium on retrouve Benjamin (à gauche). Il nous a fait une course d'anthologie, j'ai eu beaucoup de mal à le doubler. L'expérience fait souvent la différence sur la Mini. Benjamin (Ferré, 902) est le seul bizuth à avoir réussi à faire podium (proto et série confondus). Bravo Pépin !


Sans plus attendre : voici le Film

Je suis arriv√© en Martinique avec 110GB de vid√©os. Trois raisons √† cela : (i) j'avais √† cŇďur de partager avec vous cette aventure au travers d'un petit film (ii) il s'est pass√© beaucoup de choses et (iii) parler √† sa cam√©ra est le seul moyen pour un solitaire d'ext√©rioriser son ressenti et cela est tr√®s important pour ne pas devenir fou !

Tout ne rentrait pas dans un film de 20 minutes - et tout ne doit pas forcément être montré. Je ne parle pas ici de mes fesses ou des boutons dans mon dos : non, je préfère garder certains souvenirs pour moi. Ne vous sentez pas lésés, ce sont souvent les moins bons, mais pas toujours. La Mini est la dernière course au large "déconnectée" du monde et il convient de lui laisser sa part de mystère...

Dans l'une de ces s√©quences non retenues (que moi seul ai vues et ne verrai jamais) je disais que j'√©tais profond√©ment heureux d'√™tre l√† o√Ļ j'√©tais, seul au milieu de l'Atlantique, que mon souhait le plus profond √©tait d'arriver de l'autre c√īt√© avec "si ce n'est un bon classement, une belle histoire √† vous raconter". J'ai eu mon bon classement, √† vous maintenant de d√©cider si l'histoire est belle ! Vous pouvez visionner mon film de 18 minutes en cliquant ICI ou bien en cliquant sur l'image ci-apr√®s.

Vous pouvez aussi continuer à lire. La vidéo vous montrera les magnifiques couchers de soleil, les dauphins, ce que je mange, comment je dors, quand je ris, quand je pleure, les infos que nous recevons pendant la vacation et ma stratégie de course. C'est vraiment comme si vous y étiez, mais au sec et ça dure moins longtemps. Ce que je vais écrire ci-dessous contient justement tout ce qui est difficile de montrer dans un film et que je voulais vous écrire.

En revanche, attention, c'est plus long que d'habitude. Si vous n'avez pas le temps lisez en plusieurs fois, ou bien faites comme pour les slides de consultants : ne lisez que ce qui est en gras et ça ira beaucoup plus vite.


Deux semaines de traversée plus un mois à terre : j'ai eu le temps de réfléchir à ce que j'allais vous raconter dans cette dernière newsletter !

0. Bravo Thomas, tu peux être fier de toi

Avant toute chose je veux féliciter mon frère. Il l'a fait lui aussi ! Il termine même dans la première moitié du classement en 28e position, dans les premiers bateaux d'ancienne génération. C'est une super performance ! Quelle fierté de voir son frère à l'arrivée en Martinique 4 ans après lui avoir transmis le virus à l'arrivée en Guadeloupe !

La formidable équipe de Sea Events a réalisé une vidéo pour chacune de nos arrivées. Retrouvez celle de Thomas en cliquant ICI ou bien sur la vidéo ci-dessous. Je dois quand même à vous prévenir, j'étais en état de légère ébriété au moment des faits !

1. Il faut absolument changer le nom de cette course

J'encha√ģne avec une mise au point n√©cessaire : jamais une course n'a si mal port√© son nom ! J'en profite pour remercier Michelle qui m'a ouvert les yeux l√†-dessus √† l'arriv√©e alors que je d√©gustais le steak frites de la d√©livrance.

Traverser l'Atlantique en bateau à voile, cela se fait. Pas tous les jours certes, mais trouvez 2 amis qui ont soif d'aventure, louez les services d'un skipper sympa expérimenté et cela se fait ensuite relativement bien.

En course c'est autre chose car il faut avancer vite. Cela rajoute du stress : il faut porter des grandes voiles, en permanence les ajuster et choisir la bonne trajectoire. Cela fait prendre des risques et on est plus susceptible de casser le matériel. En revanche, devoir tenir un boulon dehors pendant qu'on le serre à l'intérieur ne pose pas de problème quand on est plusieurs à bord.

R√©gater √† travers l'Atlantique en solitaire, cela n'a rien √† voir. Il y a une course pour √ßa et vous la connaissez tous : la Route du Rhum. Pour la faire (je ne parle pas de la gagner) il suffit d'avoir un bateau de plus de 11m (les bateaux plus petits ne sont pas admis), de payer les frais d'inscription (6k‚ā¨ HT en cat√©gorie "Rhum", ouverte √† tous) et d'aller faire 1200 milles en mer sur le parcours de votre choix. Vous √™tes ensuite jug√©s aptes √† partir. Bon courage pour le "d√©-Manchage" de Saint Malo au Cap Finisterre en novembre, mais le reste se fait relativement bien si votre objectif est uniquement d'arriver au bout, sans vouloir gagner encore une fois.

Faire la m√™me chose sur un "Mini" bateau c'est un "Maxi" d√©fi encore plus compliqu√© qui rajoute au moins 2 niveaux de complexit√©. Le premier, assez basique, c'est que si les bateaux sont 2 √† 3 fois plus petits, les vagues sont toujours aussi hautes. Mais demandez l'avis √† tous les finishers de la "Mini" : ce n'est √ßa le plus compliqu√© √† g√©rer. Le plus dur, c'est l'absence de connexion avec le monde ext√©rieur. C'est cela qui rend la Mini si sp√©ciale et difficile. A l'inverse de toutes les autres courses, lorsque nous avons un probl√®me nous n'avons pas d'assistance ext√©rieure. Aucune. Pas d'"appel √† un ami" avec le t√©l√©phone satellite (qui est interdit en Mini et obligatoire sur le Rhum), pas de Google pour retrouver le manuel d'utilisateur de l'appareil d√©fectueux ni de YouTube pour trouver un tutoriel qui nous expliquerait comment re-stratifier un bout de coque arrach√©. Nous sommes seuls √† bord, seuls √† pouvoir trouver la solution et seuls √† pouvoir r√©parer. Se rajoute √† cela la pr√©carit√© des informations re√ßues pendant la course. Impossible de savoir o√Ļ sont les autres concurrents. Pas facile de savoir si le vent fort va encore monter ou bien combien de temps vont durer les calmes dans lesquels vous √™tes coinc√©s...

Et là on parle toujours juste d'arriver, pas de faire podium ou la gagner. Tous les ministes à l'arrivée peuvent être fiers de boucler l'une des courses les plus dures. Ceux qui arrivent derrière passent plus de temps en mer que les premiers (parfois une semaine de plus !) et je rajouterais que quelque part ils ont plus de mérite. Jamais je n'aurais tenu une semaine de plus à bord !

Bref, vous l'aurez compris la "Mini" Transat ... n'a rien de "Mini" !

Non, ce n'est pas ma t√™te √† l'arriv√©e mais celle du doyen de la course, Georges Kick (527), 65 ans et m√©decin anesth√©siste √† l'h√īpital de Moissac. Il a eu l'id√©e brillante d'arriver pile pendant la soir√©e de cl√īture, apr√®s 22 jours pass√©s en mer. Ce f√Ľt un moment tr√®s fort pour toute la colonie de ministes qui s'est pr√©cipit√©e √† l'eau, comme √† chaque arriv√©e.


2. La Mini se joue en partie sur la capacité à se faire mal physiquement...

Au d√©part il fallait choisir son camp pour les premiers jours de course. Deux familles d'option : faire plut√īt la route directe en partant vers l'Ouest et b√©n√©ficier d'un meilleur angle de vent ou bien faire plus de Sud pour aller chercher un vent fort, quitte √† faire de la route en plus.

Fait suffisamment rare pour être relevé : j'ai pris un départ de l'espace en partant avec la bonne voile (spi médium / 1 ris GV) et en exploitant au mieux l'accélération (x2) et la déviation du vent autour de Gran Canaria. Trois heures après le départ lorsque je regarde l'AIS je vois que mon premier poursuivant est ... François Jambou (sur le proto le plus rapide !) qui est 6 milles derrière moi. Bon, le soir même j'avais déjà perdu tout cet avantage en ne me recalant pas dans l'ouest au bon moment...


Sur conseil de mon routeur Ben Mariette je suis parti sur l'option Sud car une bulle orageuse sans vent allait balayer le nord de la flotte selon une trajectoire aléatoire. Cela vous a fait un peu peur à la cartographie, mais l'option Sud était en fait la plus conservatrice ! Je ne regrette rien car certains concurrents se sont faits piéger au Nord, mais j'aurais peut-être pu être moins extrême dans mon choix. La meilleure décision était celle d'Ambrogio et de Benjamin qui ont fait Sud sans faire trop Sud. Après 3 jours et demi de course ils sont 70 et 50 milles devant moi.

Le prix √† payer pour √™tre s√Ľr d'avoir tout le temps du vent, et bien c'est d'avoir du vent tout le temps, sans aucun r√©pit. Les premiers jours ont vraiment √©t√© sauvages.

C'est dans le vent fort que les √©carts se cr√©ent, et je savais qu'une partie de la course se jouait l√†. Il fallait jouer au jeu classique d'"allumer, mais de fa√ßon raisonnable" comme dit mon ami Axel Tr√©hin (945, qui terminera lui aussi 2e au g√©n√©ral !). A vrai dire je n'ai pas √©t√© tr√®s raisonnable... J'ai m√™me l√Ęch√© tous les chevaux : le troisi√®me jour je bats le record des 24 heures en bateau de s√©rie en parcourant 290 milles en 24h, c'est 11 milles de plus que le pr√©c√©dent record ! Aucun proto ne fera mieux sur la course. Cela fait 12 nds de moyenne sur 24 heures, presque inconcevable sur un bateau de seulement 6.50m.

Juste apr√®s ma barre √† 290 milles, Florian Quenot sur son Maxi 946 passe la barre des 291 milles et bat √† son tour le record, mais √† quel prix... L'avant de son bateau s'est d√©lamin√© et cela a ouvert une voie d'eau. Il a d√Ľ fortement r√©duire la toile sur le reste de la course et surtout √©ponger en permanence. Il semblerait que j'aie mis le curseur au bon endroit !

Sur les premiers jours le bateau marchait √† plus de 12 nds presque tout le temps, r√©guli√®rement √† 14nds et parfois jusqu'√† 16nds (avec une pointe de vitesse √† 19nds) mais plantait dans les vagues en fin de surf, souvent en dessous des 10 nds. C'est l'impact dans la vague apr√®s le surf qui nous emp√™che de d√©passer les 12 nds de moyenne. Il faut parfois ralentir car si cet impact est trop violent le bateau peut faire une sortie de route en se couchant en travers de la piste. Lorsqu'on fait la sieste cela l'interrompt. Il faut alors sortir du bateau qui est couch√© √† 90¬į et le remettre dans le droit chemin. On y laisse beaucoup d'√©nergie, surtout du temps et parfois du mat√©riel !

A ces vitesses la vie √† bord est compliqu√©e et tr√®s √©prouvante physiquement. Dehors, le pont est en permanence sous l'eau, il faut √©norm√©ment barrer et tr√®s peu dormir (moins de 3 heures par jour). A l'int√©rieur c'est un tambour de machine √† laver et quel vacarme cela fait ! Dans un plant√© de vague je manque de m‚Äôassommer contre une varangue - on le voit dans la vid√©o - je fr√īle l'accident. Manger autre chose que des barres de c√©r√©ales, du chocolat et des fruits secs est compliqu√© : je n'ai pu faire mon premier plat chaud qu'au niveau du Cap Vert, quatre jours apr√®s le d√©part.

On tire beaucoup sur nos bateaux mais aussi sur nos organismes. Il faut en prendre soin ! J'ai fait l'erreur de d√©butant de ne pas mettre ma combinaison √©tanche Ursuit tout de suite (pour ma d√©fense il faisait 25-30 degr√©s avant le d√©part, puis tout est all√© tr√®s vite !) si bien que j'√©tais tremp√© quand j'ai enfil√© mes cir√©s le premier apr√®s-midi et je n'ai jamais s√©ch√© dessous. Lorsque le soleil se l√®ve trois jours apr√®s le d√©part et commence √† me chauffer le dos, je ressens d'un coup un picotement insupportable dans le dos. Je mets aussit√īt le pilote pour l√Ęcher la barre, enl√®ve mon gilet de sauvetage et me d√©shabille compl√®tement. C'est comme si on me piquait le dos avec des pointes de compas. J'attrape ma cam√©ra et me filme le dos (car rappelons-le il n'y a pas de salle de bains avec miroir √† bord...).

Au risque de choquer, voici l'état de mon dos au 4e jour de course.

Je comprends que mon dos est tachet√© de petits boutons-crat√®res. Aie Aie Aie. Normalement cela n'arrive qu'au bout d'au moins une semaine. Comment vais-je tenir jusqu'au bout comme cela ?? Cela me d√©mange affreusement. M'occuper de mon dos devient une priorit√© au m√™me titre que la marche du bateau. Car pas question de rel√Ęcher la manette des gaz √† cause de √ßa, il faut continuer √† √™tre √† fond sinon je vais me faire distancer ! Car sur cette course il fallait √™tre √† fond et √† fond tout le temps. "Poign√©e dans l'angle" comme on dit !

3. La Mini se joue aussi sur sa capacité à aller chercher les ressources mentales au plus profond de soi et garder un moral "stable"

Oui, il faut se faire mal pour aller vite en mini. Et lorsque cela fait très mal, cela finit par se jouer au mental, comme tout sport à haut niveau.

Dans les Aliz√©s, le vent oscille en permanence de 10 √† 15 degr√©s. Sur conseil du "power couple" Tanrisse Cr√©mer-Le-Turquais, ministes √©m√©rites, √† partir du quatri√®me jour j'√©tais en permanence en mode "bord rapprochant". Cela veut dire que si le cap sur l'autre bord √©tait plus proche de la Martinique que le bord o√Ļ j'√©tais, j'empannais imm√©diatement. Pr√©cis√©ment, je m'autorisais 5¬į de marge pendant 10 minutes ou 10¬į pendant 5 minutes, montre en main. Pass√© ce d√©lai, si le vent n'√©tait pas revenu, je lan√ßais imm√©diatement la proc√©dure d'empannage. C'√©tait ma r√®gle jour et nuit et je m'y suis tenu pendant 10 jours. A la fin c'√©tait syst√©matique (au sens litt√©ral du terme) et je m'ex√©cutais sans discuter avec moi-m√™me. Au milieu de mon bateau √©tait √©crit en tr√®s grand "Sois l'esclave de ton bateau". En fait j'√©tais aussi l'esclave du vent. Je n'ai jamais d√©cid√© quand empanner, c'est le vent qui me dictait ma trajectoire ! Il m'est arriv√© de faire jusqu'√† 20 empannages par jour.

A chaque empannage il faut transporter tout le mat√©riel d'un coin du bateau √† l'autre - cela repr√©sente jusqu'√† 200kg en comptant toute l'eau embarqu√©e.... Ce n'est pas neutre en effort ! Trouver la force d'empanner 4 fois dans la nuit : c'est l√†-dessus que se joue une Mini. Pendant la course, lorsque j'avais d√©cid√© d'empanner, je le criais tr√®s fort dans le bateau "Allezzz on empaaaaanne" pour √™tre s√Ľr de ne pas changer d'avis. Bizarrement je ne trouvais pas √ßa √©trange sur le coup, mais avec le recul, oui, un peu !

Enlevez la trottinette √©lectrique, ajoutez 90L d'eau et 20kg de nourriture et voici tout le mat√©riel qu'il faut d√©placer √† chaque empannage. Heureusement, tout est empaquet√© dans des sacs et bidons compacts qui permettent de jouer √† T√©tris (en 3D) tr√®s efficacement. Merci √† Benjamin & Lou-Kevin Roquais pour la photo :) J'avais par ailleurs fait et affich√© dans ma cabine la liste de tout le mat√©riel √† bord pour savoir ce que j'avais pour r√©parer au cas o√Ļ. Si cela vous int√©resse, c'est par ici.


Du moral, il en faut pour tenir la cadence physique, mais aussi pour se maintenir dans un état d'esprit positif, tout le temps. Objectif "moral stable" vous diront tous les poulains de Tanguy Leglatin dont je fais partie.

Cela consiste à s'efforcer de ne pas trop s'exciter quand ça va bien, et de garder la tête haute dans les moments difficiles, sans craquer. Cela sert à ne jamais sortir de sa course - et j’excelle à ce jeu! De nombreuses personnes m'ont dit, après avoir regardé le film, que je n'avais pas l'air d'avoir beaucoup d'émotions. C'est vrai qu'en regardant à nouveau le film je me suis rendu compte que quand je dis "je suis au fond du trou" et "je suis content d'être là" j'ai presque la même tête !

Même dans les pires moments je n'ai jamais crié d'énervement sur mon bateau, je ne l'ai jamais frappé avec une manivelle de winch (une classique chez d'autres) ou pleuré de découragement. Jamais - pas sur cette course ni sur une autre, même pas à l'époque du 630. Avoir naturellement un "moral stable" aide beaucoup au large et cela m'a assurément servi sur cette course !

4. La voile est un sport matériel avec une part d'aléatoire

Je le dis à un moment dans la vidéo : la gestion de la casse matérielle fait vraiment partie du jeu. On fait tout avant le départ pour minimiser les risques, mais personne n'est jamais à l'abri. La casse ne touche pas tout le monde équitablement, il faut accepter cette part d'aléatoire et gérer les pépins techniques qui s'abattent sur nous les uns après les autres comme si c'était le premier - en moyenne 1 par jour.

Quatre de mes concurrents en particulier ont eu moins de chance que les autres et je pense qu'ils méritent qu'on s'attarde sur leur cas.


Quelques minutes seulement apr√®s le d√©part, Am√©lie Grassi (944, 5e de la premi√®re √©tape) nous apprend √† la VHF qu'elle a cass√© la pi√®ce de rotation du bout dehors. Cela l'emp√™che de porter un spi, compliqu√© de traverser dans ces conditions... Elle fait aussit√īt demi-tour vers Gran Canaria. Par chance, Hendrick (920) qui a d√Ľ renoncer √† prendre le d√©part navigue aussi en Pogo3 et lui donne sa pi√®ce. Elle repart 12 heures apr√®s nous, bonne derni√®re. Ayant √† coeur de mener le projet au bout de la plus belle des mani√®res, elle entame une fantastique remont√©e qui lui permettra de terminer √† la 8eme place au g√©n√©ral. Bravo Am√©lie !


A l'arriv√©e j'apprendrai les probl√®mes de pilote rencontr√©s par Mathieu Vincent (947, 3e de la premi√®re √©tape). Quelques heures apr√®s le d√©part il a √©t√© contraint de passer sous pilote de secours. Comme le vent soufflait fort dans le Sud, il a d√Ľ choisir une route Ouest moins vent√©e ce qui l'a desservi. Il a ensuite pu r√©parer et repasser en pilote principal pour le reste de la course. Il accroche la 6eme place au g√©n√©ral. Bravo √† lui !


Mais c'est Lauris Noslier (893, 6e de la premi√®re √©tape) qui m'a le plus impressionn√©. Le troisi√®me jour je suis en contact avec lui √† la radio. J'avais l'impression d'√™tre all√© super vite les deux premiers jours, si bien que je suis presque vex√© de ne pas √™tre plus loin devant lui. Il m'explique qu'il a cass√© la m√™me pi√®ce qu'Am√©lie mais qu'il a r√©ussi √† bricoler quelque chose qui tient √† peu pr√®s. Il me dit aussi qu'il n'a plus d'a√©rien et qu'il a cass√© une partie du chariot de sa grand-voile. Ah oui, il s'est aussi retrouv√© coinc√© en haut du m√Ęt quand il est mont√© pour essayer de r√©parer son a√©rien, et je crois que j'en oublie. Je n'en crois pas mes oreilles! Et il est l√† √† c√īt√© de moi?? En plus de √ßa, il tiendra bon pendant la plupart de la course jusqu'√† ce qu'il perde son grand spi √† l'eau. Ce fut sa seule erreur de la course, il a g√©r√© tout le reste comme un chef et cela force l'admiration. Il arrivera finalement en 10e position au g√©n√©ral. Quelle belle gestion des p√©pins technique! Bravo Lauris.


L'al√©atoire ne joue pas que sur les bateaux. Pour nous skippers aussi il y des jours avec et des jours sans. Je pense √† mon ami et grand champion F√©lix de Navacelle (916, 2e de la premi√®re √©tape) qui est, je le pense tr√®s sinc√®rement, meilleur que moi. Il m'a r√©guli√®rement battu sur les courses du circuit, notamment sur les Sables-les-Acores l'ann√©e derni√®re o√Ļ il avait fini 2eme. Sur cette deuxi√®me √©tape il n'a pas r√©ussi √† √™tre au meilleur de lui-m√™me et √† trouver le bon rythme √† bord. Sa radio n'a presque jamais fonctionn√© ce qui fit qu'il ne captait personne √† l'AIS et √† la radio - cela n'aide pas √† se motiver. Il finit malgr√© cela √† une super 4e place dont il peut √™tre tr√®s fier.


5. Ma Mini est avant tout un succès collectif !

Et oui, nous étions 3 à bord !


Je suis peut √™tre seul √† bord (avec mes 2 lapins) mais c'est tout sauf un succ√®s individuel ! Je veux remercier du fond du cŇďur tous ceux sans qui je n'aurais jamais pu r√©aliser une si belle course.

En tout premier lieu Victoire : on est ensemble dans ce projet depuis le début et jusqu'au cou ! C'est elle qui vous a tenus au courant pendant la course. Merci aussi à mes frères Thomas et Victor ainsi qu'Ellen. Merci aussi à mes parents. Tous me "supportent" (dans tous les sens du terme) dans ce projet depuis 2 ans.

Merci aussi √† mon entra√ģneur Tanguy Leglatin, la r√©f√©rence absolue en coaching course au large, avec qui je travaille depuis 2014 avec beaucoup de plaisir. Je me souviendrai longtemps de notre premier entrainement ensemble pendant lequel ses premiers mots √† peine sortis du port ont √©t√© "Bon Nico, en fait tu sais pas du tout barrer au pr√®s, on va tout reprendre √† 0". Que de chemin parcouru depuis !

Je pense aussi à tous ceux qui m'ont "façonné" depuis mes débuts en mini et dont je vous ai déjà parlé pour la plupart : Tanguy&Clarisse, Armand de Jacquelot, Edouard Golbery, Olivier Taillard, Victor Turpin, Clément Bouyssou, Axel Tréhin, Erwan Le Draoulec, Félix de Navacelle mais aussi Isabelle Joschke, Yves Le Blévec, Rémi Aubrun, Conrad Colman et plus récemment Sam Goodchild. Le jeune padawan que je suis est très fier de porter en lui un peu de chacun d'entre vous.

Mes coll√®gues de McKinsey qui gr√Ęce √† leur flexibilit√© me permettent d'exercer ma passion en marge d'une vie professionnelle d√©j√† intense! Alors que je pensais faire ma course dans mon coin, le projet a g√©n√©r√© √©norm√©ment d'int√©r√™t au bureau, cela fait chaud au coeur !

Et last but not least : VOUS qui lisez ces lignes ! Merci pour tous vos messages d'encouragement reçus avant, pendant et après la course. Savoir que je suis suivi par autant de monde m'a procuré beaucoup de force en mer et parfois même un peu plus de pression :) Etre suivi par autant de monde ne laisse aucun autre choix que de tout donner...

6. Et maintenant on fait quoi ?

Que c'est dur le retour au travail et à la vie normale après une telle aventure !

A toutes les personnes qui me demandent quels sont mes futurs projets : pour l'instant j'ai pour seul projet celui d'atterrir, transmettre le bateau à son futur propriétaire, de regagner un peu d'argent et de repasser du temps avec Victoire et mes amis à Paris et ailleurs. C'est tout !

J'aurai s√Ľrement d'autres projets nautiques, car ce serait dommage de s'arr√™ter en si bon chemin, n'est-ce-pas ? Une seule chose est s√Ľre en tous cas : le Mini, c'est fini! Plus jamais je ne m'inscrirai √† cette course de d√©g√©n√©r√©s. Ce sera donc forc√©ment sur des bateaux plus grands en solitaire ou en double. Je vous tiendrai √©videmment inform√©s le moment venu :)

En revanche, si je veux naviguer sur des bateaux plus gros je ne pourrai pas les financer seul comme en Mini. Il va donc falloir que je construise ces futurs projets pour que des partenaires y trouvent leur intérêt et que je me lance dans la recherche de sponsors.

Je vais donc avoir besoin de vous ! Si vous connaissez quelqu'un qui connait quelqu'un que cela pourrait intéresser, n'hésitez pas à vous manifester dans les prochains mois...

7. Encore merci et bonnes fêtes !

Merci à ceux qui ont lu jusqu'ici - c'était bien plus long que d'habitude. A vous je vous souhaite de trouver les projets qui vous font vibrer et de les poursuivre jusqu'au bout ! Il n'y a rien de plus beau dans la vie - parole de jeune homme de 28 ans.

Très très belles fêtes à vous, à très vite !

Nicolas

Bonus : Revue de Presse

Merci à Ouest France et Guillaume Nedelec pour le super article / interview à chaud paru peu après mon arrivée. C'est à relire en cliquant ici

Classement Général (cumul des 2 étapes)

1) 943 Ambrogio Beccaria en 21j22h 2) 905 Nicolas d'Estais en 22j20h 3) 902 Benjamin Ferré en 23j10h 4) 916 Félix de Navacelle en 23j12h 5) 925 Pierre Le Roy en 23j18h

Que de soulagement ! Merci de m'avoir suivi pendant ce projet un peu fou et √† bient√īt pour les prochains ;)